Amazon promet 500 villes livrées par drone d’ici fin 2026 : un pari risqué entre retards, accidents et concurrence
Amazon a annoncé le 19 août 2026 son intention d’étendre son service de livraison par drone, Prime Air, à près de 500 villes et communes américaines d’ici la fin de l’année, comme le rapporte TechCrunch. Une expansion qui représenterait une multiplication par six de sa couverture actuelle, passant de 11 sites opérationnels à une couverture nationale, selon Securities.io. Selon Engadget et confirmé par TechCrunch, les prochaines zones desservies incluront les métropoles de Chicago, Atlanta, Cleveland, Syracuse et Boise, comme l'indique Engadget, avec des livraisons promises « en moins d’une heure » pour les colis éligibles, d’après les déclarations d’Amazon.
Un calendrier ambitieux, mais un historique de retards
Cette annonce intervient après plus d’une décennie de promesses non tenues. Comme le rappelle Time, Jeff Bezos présentait dès 2013 des prototypes de drones livreurs, avec une mise en service prévue « d’ici quatre ou cinq ans », une vision initiale rapportée par le Journal du Net. Depuis, Amazon a accumulé les reports : échecs en 2018 et 2019, licenciements au Royaume-Uni en 2021, et une enquête de Bloomberg en 2022 révélant que le programme avait déjà coûté 2 milliards de dollars sans résultat concret. « Passer de 11 sites à 500 en quelques mois constitue une accélération sans précédent », note Mac4Ever, mais « faire voler quelques drones en test est une chose, en faire un service quotidien en est une autre ».
Les chiffres avancés par Amazon – « des centaines de milliers de livraisons en 2026 » – contrastent aussi avec ceux de ses concurrents. Selon TechCrunch et Ars Technica, Wing (Alphabet) a déjà dépassé le million de livraisons commerciales aux États-Unis, tandis que Zipline, en partenariat avec Uber, vise 1 million de livraisons par jour d’ici 2029, comme le souligne Ars Technica. Walmart, qui collabore avec Wing et Zipline, a annoncé avoir franchi « le cap du million de livraisons par drone » en mai 2026, selon un communiqué officiel cité par FreightWaves. « Amazon ne compare jamais ses volumes à ceux de ses rivaux », souligne Forbes, ce qui interroge sur la maturité réelle de son infrastructure.
Sécurité et réglementation : des obstacles persistants
L’expansion annoncée intervient alors que des incidents récents ont émaillé le déploiement des drones MK30. Selon Ars Technica, en octobre 2025, deux drones seraient entrés en collision avec une grue à Tolleson (Arizona), déclenchant une enquête conjointe de la FAA et du NTSB. Un autre incident aurait impliqué un drone sectionnant un câble internet à Waco (Texas) en novembre 2025, tandis qu’en février 2026, un drone se serait écrasé contre un immeuble d’appartements à Richardson (Texas). Ces événements, rapportés par plusieurs médias, n’ont pas empêché Amazon de relancer le service deux jours après l’incident de Tolleson, ni d’ouvrir un nouveau marché cinq jours après celui de Richardson. « Nous avons formé nos algorithmes, mais dans le monde réel, les performances n’étaient pas à la hauteur », avait reconnu David Carbon, vice-président de Prime Air, lors d’une réunion interne en mars 2026, citée par CNBC.
Comme le précise Securities.io, les enquêtes sur les accidents de 2025-2026 restent en cours, sans conclusions publiques à ce jour. Ces retards dans les investigations soulèvent des questions sur la robustesse des certifications et des protocoles de sécurité, alors qu’Amazon mise sur une expansion rapide.
Bruit et acceptation locale : des défis concrets
Au-delà des aspects techniques, l’acceptation par les riverains reste un enjeu majeur. Selon Ars Technica, des témoignages locaux évoquent des nuisances sonores dans certaines zones desservies. « C’est l’équivalent d’une tondeuse à gazon volante, 20 pieds au-dessus de ma maison, 50 fois par jour », déclare un habitant de Richardson auprès de la chaîne WDIV. Des protestations publiques ont même eu lieu en juin 2026 dans cette ville, poussant Amazon à organiser des réunions d’information. Pourtant, comme le relève le Journal du Net, les drones ne seraient audibles que « 20 secondes lors de leur descente », selon Sam Bailey, responsable d’Amazon. Une affirmation qui contraste avec les retours des communautés locales.
Une concurrence déjà bien installée
Cette expansion intervient dans un contexte de concurrence acharnée. Deux jours avant l’annonce d’Amazon, Uber et Zipline dévoilaient leur partenariat visant 1 million de livraisons par jour d’ici 2029. Walmart, quant à lui, a célébré son millionième livraison par drone en mai 2026, comme l’a rapporté FreightWaves. « Ce timing ressemble à une réponse défensive à la pression concurrentielle », analyse ce média spécialisé, d’autant qu’Amazon ne communique pas sur des résultats trimestriels imminents. La question reste de savoir qui, au sein du groupe – logistique, AWS ou publicité –, bénéficiera réellement de cette densification des livraisons à domicile.
Source : CEFID – Réglementation drones 2026
Pour comprendre
Un pari vieux de treize ans, toujours reporté
L’annonce d’Amazon promettant 500 villes desservies par drone d’ici fin 2026 s’inscrit dans une histoire marquée par les retards. Le projet Prime Air est né en décembre 2013, lorsque Jeff Bezos évoquait un service opérationnel « d’ici quatre ou cinq ans » sur Time. Treize ans plus tard, les objectifs initiaux n’ont jamais été tenus : les cibles de 2018, 2019, 2021 et 2022 ont été manquées, tandis que Bloomberg révélait en 2022 que le programme avait englouti 2 milliards de dollars sans résultat tangible. Aujourd’hui, Amazon part de 11 sites opérationnels – couvrant environ 80 municipalités – et vise 500 villes en comptant chaque commune incluse dans un rayon de 175 miles carrés autour d’un hub. Un rythme d’ouverture historique de 2,5 à 3 sites par an, qui devrait passer à une trentaine en quelques mois pour atteindre l’objectif, soit une accélération inédite de 10 fois le rythme passé (DroneXL).
Une concurrence déjà en avance, un silence éloquent
Si Amazon met en avant ses « centaines de milliers de livraisons » en 2026, le groupe reste loin derrière ses concurrents. Wing (Alphabet) a dépassé le million de livraisons commerciales et opère dans 20 marchés américains via des partenariats avec Walmart et DoorDash, tandis que Zipline a franchi les 2 millions de livraisons sur quatre continents. Walmart, associé à Wing, vise 40 millions de clients desservis par drone d’ici 2027 et a déjà célébré son millionième livraison en mai 2026 (Walmart). Le silence d’Amazon sur ces comparaisons s’explique par une réalité opérationnelle : Prime Air a subi des suppressions d’effectifs, des retards réglementaires et des oppositions locales, rendant toute mise en perspective défavorable. Comme le note Forbes, l’annonce du 19 août 2026 intervient deux jours après le partenariat Uber-Zipline, qui cible 1 million de livraisons par jour d’ici 2029 – un timing qui relève davantage d’une réponse concurrentielle que d’un jalon technique.
Des accidents en série, des enquêtes en cours et un cadre européen à la traîne
L’expansion promise par Amazon se heurte à des défis de sécurité non résolus. Trois accidents impliquant des drones MK30 ont été documentés en moins d’un an : une collision avec une grue en Arizona (octobre 2025), la section d’un câble internet au Texas (novembre 2025) et un crash contre un immeuble d’appartements au Texas (février 2026). Les enquêtes de la FAA et du NTSB sur ces incidents sont toujours en cours, sans qu’aucune modification des certifications BVLOS (vol hors vue) n’ait été rendue publique (NewsBreak). Pourtant, Amazon a relancé ses opérations deux jours après l’accident de Tolleson et ouvert un nouveau marché cinq jours après celui de Richardson, sans attendre les conclusions des autorités. En Europe, le bilan est encore plus modeste : malgré un cadre réglementaire unifié depuis janvier 2026, Amazon a abandonné ses tests en Italie et peine à déployer son service au Royaume-Uni, où la ville de Darlington reste son seul site annoncé – sans calendrier précis (Économie Matin). Pendant ce temps, la France, pionnière avec La Poste, se concentre sur des livraisons rurales et montagnardes, loin des ambitions urbaines affichées par Amazon aux États-Unis.
L’avis de CoreVibe
Amazon promet une expansion fulgurante de ses livraisons par drone, mais l’histoire se répète : depuis 2013, les annonces fracassantes se heurtent aux retards, aux accidents et à une concurrence déjà bien plus avancée. Wing et Zipline livrent des millions de colis quand Amazon en est encore à des centaines de milliers, et les enquêtes fédérales en cours sur ses incidents récents rappellent que la technologie reste fragile. Derrière l’effet d’annonce, c’est moins une révolution logistique qu’une course désespérée pour ne pas se faire distancer dans la livraison autonome — un pari risqué, surtout quand la réalité opérationnelle peine à suivre.
Sources : https://www.engadget.com/2240088/amazon-is-bringing-drone-deliveries-to-the-chicago-and-atlanta-metro-areas/, https://techcrunch.com/2026/08/19/amazons-prime-air-is-taking-off-in-nearly-500-u-s-cities/, https://www.securities.io/fr/amazon-prime-air-plans-sixfold-drone-delivery-expansion-to-nearly-500-cities/, https://arstechnica.com/gadgets/2026/08/amazon-aims-for-delivery-drones-to-reach-500-us-neighborhoods-by-end-of-2026/, https://www.journaldunet.com/business/1553873-amazon-prevoit-d-etendre-son-service-de-livraison-par-drone-a-500-villes-americaines-d-ici-la-fin-de-l-annee-2026/